Dimanche 31 janvier 2010 7 31 /01 /Jan /2010 17:50

nuages-noirs 



16 Janvier 1998, 20h30.

"Voici venir le jour en trop. Le temps déborde."
Paul Eluard



21.02.2001


Il y a eu trois ans et la blessure est indolore. Mais elle est là. Elle attend son heure, elle attend que le vent ranime les doutes et la peur, que renaisse l'angoisse sourde qui emplit mon corps et que retient mon cœur. C'est un fauve tapis dans mon sang, un monstre pire que ceux de mon enfance, qui prend ton visage, la couleur de tes yeux et le son de ta voix pour mieux prendre racine dans mon sommeil. Si toute fois la peur de te revoir ne m'empêche pas de dormir. Je ne sais plus si je t'ai aimé un jour, si j'ai vraiment regretté ta mort, si j'ai vraiment eu mal ou seulement peur. Je ne sais plus rien, j'ai l'impression de mentir, d'être aussi une sorte de monstre à l'esprit malade, et de n'avoir feint la douleur que pour convaincre les autres que j'avais un cœur. Pour me le prouver à moi-même. Je n'arriverais sans doute jamais à savoir ce que j'ignorais déjà alors, je voulais tellement oublier d'avoir mal que j'ai mis des mois à te pleurer, je voulais tellement vivre que j'ai aimé avec autant de désespoir que de peur de mourir, j'ai tellement voulu t'oublier que je n'ai fait mon deuil de rien, et puis à la fin, tout est devenu si opaque, que je ne sais même plus si je peux encore être là, et t'écrire ces lignes que tu ne liras jamais, me dire qu'elles ont un sens et exorcisent une douleur que je ne ressens plus. Je suis anesthésiée. Tu es morte, et ton absence me fait une impression de néant, comme ce que je suis en train d'écrire. Cela ne sert à rien.



Sans date

Elle s'enfonçait obstinément dans le silence. C'était une pierre coulant à pic dans une mer trop sombre. Elle était prostrée, blême, muette. Elle pleurait des heures entières sans une plainte, profondément abîmée dans un désespoir sans fond et je me sentais plus démunie que jamais face à cette souffrance que rien ne semblait pouvoir endiguer. Je ne savais plus quoi faire pour ramener un peu de vie dans ce regard éteint. La douleur lui était devenue si familière qu'elle ne la surprenait même plus. Je lui parlais à voix basse sans plus d'effet que si je m'adressais à un mur. Elle restait figée comme une morte et j'étais la seule à me débattre, à ne pas vouloir sombrer corps et âme. Je n'étais pas assez forte pour nous maintenir toutes les deux hors de l'eau. Je me heurtais sans cesse à quelque chose de plus compact encore que le néant. J'avais beau hurler, répéter en boucle que je ne voulais pas, il n'y avait personne pour entendre. Dieu est mort ou ne juge plus utile de justifier les injustices, après tout je ne suis ni Moïse, ni Noé. Dieu se tait depuis des années. Alors elle est morte, que je le veuille ou non. Le silence est toujours présent, elle était faite de silence, et maintenant qu'elle n'est plus, il est encore plus assourdissant. Il étouffe mes cris, ma colère, ma douleur, et tout ce vacarme accouche d'un vide qu'à défaut d'autre terme plus juste, l'humanité appelle l'oubli.



16.04.2000


Le temps coule. Je vis une existence liquide, des désirs qui se fondent, des larmes qui se traînent, même mon sang coule dans mes veines avec nonchalance. La pluie a perdu son pouvoir de tristesse, les couleurs se délavent jusqu’à ce qu’il n’y ait plus ni blanc, ni noir. C’est l’appel d’un vide où l’on flotte éternellement, sans plonger, bloqué entre deux mondes, à la limite de se noyer. Je ne veux, ni la mort, ni la vie, ni ce temps qui se fige. Je cherche autre chose parmi ce qui existe, sans savoir où chercher, ni ce que je cherche.

Le temps se pose. Comme une foule qui court alors que je reste immobile. Je fais d’étranges rêves d’un monde perdu où tout s’unit. Jusqu’à l’âme.



20.01.2000

Vague à l’âme. Et les yeux lourds de sommeil, les pieds froids et l’angoisse au ventre. Je voudrais dormir mais j’ai peur des cauchemars. ton fantôme ne me lâche pas. Éveillée, je me bats pour ne pas penser. Mal au cœur et la migraine. Envie de pleurer et la gorge nouée. Je n’aime plus la nuit et les pièces m’étouffent, l’espace me glace. Bien nulle part ni ailleurs. Quelqu’un a-t-il la solution de la fuite ?


Sans date

Quelques mots pour ne rien dire, à part que les rêves s’effacent. J’ai froid et ce jour qui se lève ni pourra rien ou si peu. Il y a longtemps que le soleil me glace. La nuit n’est tiède que de larmes. Mes lèvres ne forment plus les mots qui consolent. Je me jette dans ma douleur comme on se jette à la mer, roulée par les vagues au rythme d’un cœur qui ralentit et au moment de s’éteindre, là seulement vient la paix.Est-ce que c'est ce que tu as ressenti quand tu as appuyé sur la détente ? La paix ?



Sans date

J'ai trouvé un moyen de continuer malgré toi. Un mantra pour repousser les cauchmars.

Vivre, malgré ce qui blesse, parce qu’il parait qu'il n’est pas une seule douleur que le temps ne masque. Parce qu’il n’y a pas un jour que je voudrais manquer et que derrière chaque livre, il y a un monde où s’enfermer.



7.11.2002


Je t’aime. Et pourtant les mots ne viennent pas. Je t’aime dans ce silence qui anesthésie même mon cœur. Je t’aime et pourtant je me sens vide à force de l’écrire et toute l’encre du monde ne saurait venir à bout de cette certitude. J’aimerai que mes mots traversent le temps et trouvent le chemin pour t’atteindre. Un an et dix mois. La blessure, à fleur de peau, s’est refermée. J’oublie et la douleur à besoin de sentiment pour se nourrir. Je me sens vidée, paralysée, aussi inerte qu’une statue. J’ai l’impression d’avoir été le spectateur de ma propre vie. Nous sommes le 7. Dans 9 jour le 16 et il ne restera que deux mois.

Je t’aime. L’as tu jamais su ?



Janvier 2003

Le vent, la pluie et les souvenirs. Une main attrape ma mémoire et me tire vers ce jour de janvier. Il fait froid et l’orage cingle mes vitres. Téléphone sonne. Sa voix atone qui me dit qu’elle va partir, qu’elle veut mourir. Coup de feu dans la campagne, plus fort que le vent qui hurle dans les arbres. A 20H30 ce fut le silence qui en perdant l’écho de la détonation se fait plus lourd qu’avant. Pour toi la vie n’avait plus de saveur et tu ne voyais plus dans son miroir qu’un sourire déformé. Déjà mort.



Aout 2005

Il y avait une lumière dans le fond de ses yeux, de l’amour et de la douleur noyés sous les vagues de larmes qui venaient régulièrement brouiller le bleu de son regard.

Il y avait de la violence dans ses gestes, ses mains ne savaient pas être tendres. Elle frappait pour détruire et j’ignorais ce qui nourrissait sa rage.

Il y avait des silences dans sa voix, des blancs, des paroles qui ne racontaient rien, qui masquaient des vides, dissimulaient des gouffres, tendaient des ponts au-dessus d’abîmes dont je n’avais pas conscience.

Il y avait ces instants suspendus où je savais qu’elle ne jouait plus de rôle, ses secondes où elle était déjà partie et que je ne voulais pas voir.

Il y eut une nuit, un claquement dans le noir, et tout ce temps écoulé qui voit encore mon encre tâcher des feuilles vierges pour tendre des ponts au-dessus de son absence, pour que j’oublie. Ou que j’essaye …

Par Seeliah
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