Après s’être tenu des semaines au seuil de sa saison, laissant l’automne déborder sur son temps et prolonger ses couleurs d’incendie, l’hiver avait fondu sur le monde en une nuit, et le paysage, à perte de vue, enveloppé dans son linceul de neige, était aveuglant comme un énorme diamant sous le pâle soleil hivernal.
Enfoncés jusqu’aux boulets, un cheval se frayaient un chemin avec son cavalier, creusant un profond sillage dans la masse neigeuse. Des rubans de condensation dansaient dans l’air gelé, nés de leurs souffles, ils s’emmêlaient avant de disparaitre. L’homme protégea ses yeux de la réverbération du soleil et sa main en visière, regarda longuement tout autour de lui.
Du blanc encore et toujours, une monochromie à peine brisée ça et là par l’émergence noire d’une roche, ou d’un tronc mort. Sur la gauche du cavalier, encore assez loin du centre de la plaine où il se tenait, il y avait une forêt sombre et épaisse et au delà, il le savait, une ville où il pourrait trouver abri.
Mais, outre le fait qu’il n’avait guère envie de traverser le territoire des loups, cette forêt avait une réputation dangereuse et en cette période de l’année, offrait une villégiature idéale à tous les voleurs et malandrins du coin.
Et si l’homme avait toute confiance en ses capacité martiale, il n’en restait pas moins qu’il courait certaines rumeurs sur ce qui habitait les bois et n’était ni loups, ni hommes, ni même quelque chose entre les deux comme les conteurs aiment à le prétendre à la veillée. Quelque chose, ou quelqu’un, sous le couvert des arbres dénudés, gelés, qui emportait le cœur de ses victimes… sans lacérer ou blesser sa proie, sans verser une seule goutte de sang.
(à suivre)


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